Structure de production et de diffusion de spectacles



Les nouvelles de Tchekhov : adaptation, création, jeu


Formation dirigée par Philippe Ferran, metteur en scène.


objectif du stage :
Adapter une nouvelle de Tchékhov à la scène (pour un ou plusieurs acteurs) :
stage d'écriture, de mise en scène et de jeu.

Du 6 au 31 octobre 2014
du lundi au vendredi de 10h à 18h
140 heures de formation
12 participants

Le Programme

 Chaque stagiaire aura pour mission d'adapter à la scène une nouvelle de Tchékhov dont il sera dépositaire.


Télécharger les résumés des nouvelles.


Programme technique :

1. Apprendre à connaître Tchékhov en travaillant sur sa biographie et sur les personnages et les dialogues des Trois Sœurs.

2. Réapprendre à lire et dire un texte et dégager les valeurs prosodiques, phonétiques et rythmiques de la langue.

3. S'initier aux contraintes du "seul en scène" par des exercices de ruptures, de contrastes et de mises en situation.

4. Redécouvrir le jeu à deux, fondé sur l'écoute, la proposition du partenaire et la pensée de l'acteur en scène.

5. Oser la direction d'acteur à partir de principes techniques et psychologiques.

6. Choisir des acteurs à diriger, ou se faire diriger soi-même dans une nouvelle dont on avait la charge.

7. Créer un spectacle d'une dizaine de minutes pour un ou plusieurs comédiens à partir d'une nouvelle de Tchékhov.

Déroulé du stage :

La première semaine sera consacrée à faire connaissance avec Tchékhov, les nouvelles et le groupe. Nous rentrerons de plain pied dans un travail de lectures et d'improvisations sur les nouvelles et des exercices de jeu à partir des Trois Sœurs. Le solo et le récit sera également abordé avec de nombreux exercices de mise en situation, de mise en scène, entrée en scène, rupture et contraste. Quelques conversations avec le groupe permettront de situer la vie de Tchékhov dans son époque et la place de son œuvre dans la nôtre. A partir de la nouvelle Polinka (que tous les stagiaires devront traiter), nous aurons dégagé des thèmes et des potentialités d'adaptation.

A partir de la deuxième semaine, chaque stagiaire aura défini une stratégie d'ensemble sur le traitement de la nouvelle qu'il aura choisie. Il proposera au groupe une première mouture de son adaptation, s'il veut passer par la mise en scène et l'adaptation écrite, ou décidera de jouer directement la nouvelle en se faisant diriger par un camarade ou par le directeur du stage.
En parallèle continueront les exercices de lecture, d'élocution, les jeux à deux et en solo. Tous les principes dégagés seront mis en application et en particulier les notions de direction d'acteur, qui permettront au groupe de "monter" la nouvelle Polinka de façons aussi diverses que variées.
Il pourra également se constituer des équipes de réflexion et de co-écriture pour l'adaptation des nouvelles.

La troisième semaine nous terminerons le travail technique sur les Trois Sœurs et le jeu en solo et à deux.
Nous terminerons également les différents traitements de Polinka en l'enrichissant de nouvelles propositions de jeu et de mise en scène.
Après proposition d'une seconde mouture des adaptations, nous passerons à la véritable mise en chantier des nouvelles et un choix définitif des moyens mis en œuvre pour les monter (co-écriture, direction d'acteur, distribution).
A partir des progrès et des difficultés de chacun, d'autres pistes de jeu et d'adaptation seront suggérées. Il sera encore temps de repartir à zéro avec l'expérience de tout ce qui aura été tenté jusque là.

En début de quatrième semaine, l'adaptation et le mode d'interprétation devra être finalisé. Tous les éléments nécessaires au montage de chaque nouvelle auront été recueillis (musique, voix off, accessoires, lumière), ce qui permettra à chaque directeur d'acteur de travailler les détails avec le maximum de confort.
Un spectacle naîtra de toutes ces tentatives, composées des douze nouvelles de chaque stagiaires et de quelques montages de Polinka particulièrement réussis.
Il sera capital le dernier jour de convoquer quelques amis pour assister à une présentation unique et à titre gratuit, tant la notion de public aura été durant tout le stage la motivation suprême.



A propos de Philippe Ferran

Actuellement : il accompagne dans leur one-man-show Aurélia DeckerLaurence Ruatti et Audrey David à la Comédie des boulevards, Blancs Manteaux et Ze Artist's. Il suit la tournée de la Baba Yaga, pièce jeune public dont il a également écrit l'adaptation.

 

Son parcours : Metteur en scène, auteur et compositeur, Philippe Ferran s'est fait une spécialité du spectacle en solo et en duo.

Entre 75 et 98, il dirige dans tous ses shows Jacques Villeret et le met en scène dans La Contrebasse de Süskind, au théâtre Hébertot. Le spectacle, nominé au Molière en 91 est repris, à la gaité, au Marigny et joué de nombreuses fois en tournée. Lire la suite

De Tchékhov à l'acteur, pistes de travail

Il y aurait d'abord la nouvelle d'Anton Tchékhov dans la traduction de Markowicz ou d'Elsa Triolet. Quelqu'un aura choisi d'adapter le texte pour la scène suivant l'idée qu'il se fait de l'histoire et ce qui lui semble important de privilégier de la pensée et de la volonté de l'auteur. Il confiera ensuite son nouveau texte à un metteur en scène qui, rompu aux exigences de la scène rectifiera sans doute certains dialogues, et décidera de ce qu'il a envie d'exprimer lui-même à travers le texte de l'auteur et de l'adaptateur. Ce metteur-en-scène choisira ensuite des interprètes qu'il dirigera dans l'espace, les objectifs et les intentions des personnages. Il sera attentif à ce que tout le monde joue le même spectacle en respectant le même code de jeu. Il demandera à ses comédiens de la rigueur dans l'élocution, les déplacements, les objectifs et les enjeux. Il regardera, réagira, exigera, aidera, aimera ses acteurs. Et puis les acteurs prendront la scène, l'espace, leur envol. Ils auront dans un coin de leur tête le texte et les indications du metteur-en-scène, mais dans un autre coin aussi, beaucoup plus large et chevillé au corps, l'irrépressible désir de se débarrasser de tout ce qui n'est pas immédiatement et directement, ici et maintenant, eux-même, sur scène, en face du public, et de lui faire partager, sans intermédiaire, l'émotion suscitée par Tchékhov.

Il pourrait aussi y avoir simplement un acteur. Il aurait lu une fois, dix fois, cent fois, la même nouvelle de Tchékhov au point d'en être envahi, amusé, bouleversé. Il viendrait ce jour-là se présenter au public sans idée préconçue, avec le seul objectif, de faire découvrir à un auditoire, un ami, une maîtresse, le cheminement qui l'a conduit à être là ce soir, avec l'impératif catégorique de rendre nécessaire une histoire qu'on lui a racontée. Comme il est un acteur chevronné à la technique irréprochable, il sait qu'au delà de l'émotion qu'il pourra ressentir, il devra être clair et efficace dans ce qu'il dira et jouera. Il connaît presque la nouvelle par cœur et automatiquement, sans qu'il en ait conscience au départ, des phrases entières de Tchékhov se superposeront à son discours. Et d'ailleurs, aura-t-il vraiment besoin du discours pour exprimer tout ce qu'il aura envie de nous faire parvenir ? Une musique, un accessoire, une lumière impromptue ne l'aidera-t-il pas davantage?

Voilà deux façons radicalement opposées d'aborder le théâtre et l'adaptation d'un texte pour la scène. La première suit volontairement les fondamentaux, l'ordre établi du théâtre moderne : un auteur, une mise en scène, une interprétation. La seconde ose privilégier l'improvisation , l'acteur créatif, seul dépositaire de sa présence en scène, au point de mettre en scène directement l'émotion et la confidence. On pourra gloser d'ailleurs que c'est souvent ce qui se passe dans la réalité théâtrale : quelquefois bien sûr, c'est l'auteur célèbre ou reconnu qui garde toute son importance; quelquefois c'est le metteur en scène qui exerce son omnipotence dans des exercices spéculatifs où le texte et les acteurs deviennent tout à fait secondaires , mais dans un certain théâtre privé on sait aussi que c'est le comédien-star qui est à lui seul le spectacle et que tous les autres éléments devront se mettre à la disposition d'une performance réinventée chaque soir.

Pourtant, il me semble qu'une adaptation satisfaisante pour la scène ne devrait rien exclure. Que celui qui est dépositaire d'un projet à partir d'un texte préexistant pourrait décider, soit de passer par l'écriture et la mise en scène, soit de travailler directement sur le texte initial avec un ou plusieurs comédiens, soit d'interpréter lui-même, de rentrer directement dans le vif du sujet, en fonctionnant sur la réminiscence et l'incidence. Il pourra d'ailleurs pour l'aider faire appel à un œil extérieur qui l'assisterait et lui dirait ce qu'il a vu, sans formuler forcément de jugement de valeur.

Les chemins de la création théâtrale étant multiples, il n'est pas exclu que chaque "adaptateur" tente plusieurs pistes de travail avant de décider celle qui lui semble la plus judicieuse pour rendre une nouvelle dans l'esprit et la pensée de Tchékhov. Il pourra aussi expérimenter des "appuis" de jeu et d'émotions à partir des différents ingrédients et artifices du théâtre : un costume, un accessoire, une voix off, une musique, une lumière peuvent déterminer aussi très rapidement un climat, une référence, une dramatisation sur laquelle l'acteur pourra se reposer.

Il suffit quelquefois pour globaliser et synthétiser le texte qu'on a la charge d'adapter pour la scène, de se demander à quoi doit ressembler l'ensemble du résultat, dans quel "film" on a envie de se situer. La réponse déterminera toujours et sans effort une atmosphère, un genre, un projet. On ne fera pas la même adaptation et on n'utilisera pas la même méthode si l'on vise le polar d'avant guerre, la comédie romantique ou le dessin animé. On peut très bien ramener la nouvelle Polinka à un film de Sautet, de Resnais, ou de Scorsese; tout cela dépend du goût et de l'appréhension de chacun, mais c'est un premier pas souvent indispensable, que de savoir ce que l'on aime, comment on se situe, et ce qu'on a envie d'exprimer.


Conditions d'inscription

Recrutement sur entretien :
nous vous remercions de nous envoyer par courriel CV et lettre de motivation. (Nous vous remettrons le programme pédagogique détaillé du stage à réception de votre candidature)

Conditions d'admission : avoir une ancienneté de deux ans + avoir cumulé 48 cachets au cours des 24 derniers mois.

Possibilité de prise en charge par AUDIENS sous conditions.
Ce stage est programmé par l‘AFDAS dans son plan de formation. Il entraine une carence de douze mois.