Structure de production et de diffusion de spectacles



Vous vous en souvenez ?


Spectacle créé dans le cadre de
l'atelier "Silence... On joue !"


Avec
Océane Berthier
Léo de Bodt
Wilfried Fayet
Michel Guillaume
Marie kauffmann
Céline Mihalaki
Christine Monot
Xavier Schaefer
Loys Scherrer
Béatrice Vouaux

Mise en scène Anne Mazarguil


Samedi 28 mars 2020 de 15h45 à 19h15
L'événement est reporté

Dix saynètes en pièces détachées !
Le Guichet - La politesse inutile - Finissez vos phrases
La mort et le médecin,
suivie de La Môme Néant
Monsieur Moi -
Eux seuls le savent - Oswald et Zénaïde
Un mot pour un autre -
La Sonate des trois messieurs
Il y avait foule au manoir

au Kiosque Citoyen Paris 12ème
1, place Félix Eboué
métro Daumesnil - sortie n°4, rue de Reuilly


15 mn/pièces - 16 places/pièces
avec en entracte Denis Boy à l'harmonica Blues
Entrée libre - participation au chapeau
Réservations par mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Le spectacle sera suivi d'une soirée jazz et d'un repas partagé !!

 

  Jean Tardieu 

(Saint-Germain-de-Joux 1903 – Créteil 1995)


Né d'un père peintre et d'une mère harpiste, il fait des études de droit puis de lettres à Paris. À l'aube de sa vie d'homme, au début des années 1920, il entre dans une crise existentielle particulièrement douloureuse – expérience d'une étrangeté radicale du monde, hantise du dédoublement et de la dispersion – dont l'écho se fera entendre à travers toute son œuvre. Il fait ses débuts poétiques sous les auspices de la N.R.F. en 1927, après avoir été remarqué par Paul Desjardins, Gide, Rivière, Roger Martin du Gard et Paulhan aux décades de Pontigny. Dans les années 1930, il se lie durablement à Francis Ponge. Ses premiers recueils de poésie sont dominés par un lyrisme noir et le sentiment d'une irréductible inquiétude (le Fleuve caché, 1933 ; Accents, 1939 ; le Témoin invisible, 1943 ; les Dieux étouffés, 1946 ; Une voix sans personne, 1954). Rédacteur aux Musées nationaux puis chez Hachette jusqu'en 1939, il collabore ensuite sous divers pseudonymes aux éditions clandestines, notamment à l'Honneur d'un poète en 1943 ; son poème Oradour sera le dernier publié dans les Lettres françaises clandestines. Durant cette période, il traduit également Hölderlin (l'Archipel, 1933 et Goethe (Iphigénie en Tauride, Pandora, 1942). Jusque-là, Tardieu est un poète grave et exigeant, dont la manière est empreinte d'un certain classicisme, même lorsqu'il abandonne la rime et use du vers libre ; soucieux de la forme, ne craignant pas l'hermétisme parfois, il se distingue par son lyrisme précis et contenu, par lequel il se défend contre les incertitudes de la parole et les silences du monde.

Après la guerre, son œuvre connaît une mue remarquable : sous l'influence de Queneau, il paraît mettre ses tourments à distance pour adopter une manière plus ludique et théâtrale (Monsieur Monsieur, 1951). À la Libération, il est nommé directeur des émissions dramatiques de la Radio-Télévision française, où il contribuera au développement des techniques nouvelles de la dramaturgie sonore. L'humour, la cocasserie entrent dans son œuvre poétique, en même temps qu'il se lance dans l'écriture de textes théâtraux novateurs qui vont connaître un succès remarquable dès 1949, et être enrôlés sous la bannière du « théâtre de l'absurde », aux côtés de Ionesco, de Beckett, d'Adamov. Dans des formes courtes, quasi expérimentales, Tardieu explore les possibilités du langage, jusqu'à l'illogisme et l'absurde, jouant du matériau verbal pour mieux faire apparaître l'arbitraire de la convention linguistique et sociale. Résolument hostile à une conception traditionnelle du théâtre (il se moque du vaudeville dans Un mot pour un autre) et aux catégories dramaturgiques habituelles (intrigue, personnage, dialogue réaliste), Tardieu remplace l'action intersubjective par celle du langage, par le jeu des mots livrés à eux-mêmes, par le rythme et la musique. Le propos est ainsi apparemment didactique quand il s'agit d'évoquer certains aspects techniques du théâtre ou encore les rapports du temps et du langage : Oswald et Zénaïde, Il y avait foule au manoir, Une voix sans personne, les Temps du verbe. L'intention parodique s'affiche quand Tardieu dénonce l'arbitraire de certains usages : la Société Apollon ou Comment parler des arts, Ce que parler veut dire ou le Patois des familles, Eux seuls le savent, Un geste pour un autre. Parfois encore Tardieu semble vouloir évoquer le caractère décousu, chaotique et obsessionnel des rêves : Qui est là ?, la Politesse inutile, le Meuble, la Serrure. Il a aussi tenté de créer de courts poèmes symphoniques, où le langage est soumis aux lois de la composition musicale (la Sonate et les Trois Messieurs, Rythme à trois temps ou le temple de Segeste ; Conversation-Sinfonietta). Ce théâtre essentiellement ludique et expérimental, s'offrant à tous dans la simplicité de ses dispositifs, est rassemblé sous des titres évocateurs : Théâtre de chambre (1955), Poèmes à jouer (1960), la Comédie du langage (1987), la Comédie de la comédie (1990), la Comédie du drame (1993).

Tardieu poursuit inlassablement par ailleurs son travail de poète en publiant de très nombreux recueils (Obscurité du jour, 1974 ; Formeries, 1976 ; Comme ceci comme cela, 1979 ; Margeries, 1986 ; Da Capo, 1995), dont un certain nombre en collaboration avec des peintres et des graveurs (Picasso, Max Ernst, Hans Hartung, Alechinsky...). Il a du reste consacré à la peinture, ainsi qu'à la musique, de nombreux essais et poèmes (De la peinture abstraite, 1960 ; les Portes de toile, 1969). Certains textes, enfin, sont spécialement destinés aux enfants : II était une fois, deux fois, trois fois... ou la table de multiplication mise en vers, 1947 ; Je m'amuse en rimant, 1991.

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

 


Poèmes à voir (1986)


Paysage nocturne

 
Esquisse de la vie et de la mort

 

.

 

Programme du 28 mars

15h15 Harmonica blues avec Denis Boy
et Pauline à l'accueil. Bon voyage !

15h45 Le Guichet
Au guichet de la gare du temps, un voyageur attend son tour. Arrivera t-il à destination ?
Théâtre de chambre; 1955

16h10 La politesse inutile
"Je ne vous expliquerai pas cette histoire. Sans doute a-t-elle eu lieu très loin d’ici au fond d’un mauvais souvenir." (extrait)
Théâtre de chambre; 1955

16h25 La mort et le médecin
Tout va bien dans la famille. Monsieur va travailler. Maman fait la cuisine. Les enfants sont au garage. Quand soudain, le métro s'arrête. Et tout fout le camp !

Une soirée en Provence, ou le mot ou le cri; 1975

16h50 Finissez vos phrases
C'est l'histoire de. Comme nous... chabadaba... Bon, en bref, un homme et une. Enfin, un peu comme.. Ils ont envie de. Surtout depuis que. Et tout à coup, voilà que. Mais chut ! Parce que sinon.
Le Professeur Froeppel, la comédie du langage; 1978

17h05 Monsieur Moi
En chemin, deux personnages : Monsieur parle, parle, parle de lui, de lui et encore de lui, avec (sa) raison. Et moi ? Moi écoute, vit, réagit. Avec ses pieds. Ah, ça oui, alors!
Théâtre de chambre; 1955

17h20 Eux seuls le savent
Alors que leur vie pourrait être aussi simple qu'un coup de fil, quelque chose d'inexpliqué, un je ne sais quoi, presque rien dévore leur quotidien. Une comédie au bord du drame.

Théâtre de chambre; 1955

17h50 Oswald et Zénaïde
Un père fait la cruelle expérience de mettre sa fille et son prétendant à l'épreuve de la vie, rendant leur mariage impossible. Les amants désespérés, n'osent pas s'avouer la triste vérité. Un scénario à la Marivaux. Efficace !
Théâtre de chambre; 1955

18h05 Un mot pour un autre
C'est sans doute un des plus fourmidiables hors-d’œuvres de notre grand blagueur qui a toujours le pot pour frire. Indéfrisable, cette eau de vie haute en couleuvre vous gargarisera avec grand soleil.
Œuvres posthumes du Professeur Froeppel; 1951

18h30 La sonate des trois messieurs
"Vous vous en souvenez ? C'était une grande étendue. Une grande étendue d'eau. Une grande étendue d'eau dans le soir." Et l'humanité est née. Quelques notes d'humour, un silence, et voilà, c'est parti. Musique !
Théâtre de chambre; 1955

18h45 Il y avait foule au manoir
"
Que s'est-il passé au manoir ce soir-là ? Une aristocrate décadente, ses domestiques et la fameuse Miss Issipee témoignent. Crime? Suicide ? L'heure est à l'enquête. Rendez-vous avec le célèbre détective privé, Dupond-Dubois, ce samedi, au Kiosque, 18h45. Un épisode à ne pas rater !
Théâtre de chambre; 1955

19h15 Rince Cheval Quartet
Concert jazz


Mon théâtre secret

texte de Jean Tardieu

"Le lieu où je me retire à part moi (quand je m'absente en société et qu'on me cherche, je suis là) est un théâtre en plein vent peuplé d'une multitude, d'où sortent, comme l'écume au bout des vagues, le murmure entrecoupé de la parole, les cris, les rires, les remous, les tempêtes, le contrecoup des secousses planétaires et les splendeurs irritées de la musique.

Ce théâtre, que je parcours secrètement depuis mes plus jeunes années sans en atteindre les frontières, a deux faces inséparables mais opposées, bref un « endroit » et un « envers », pareils à ceux d'une médaille ou d'un miroir.

[...]

Telle est la loi de mon théâtre : à l'endroit, les villes et les paysages, la terre et le ciel, tout est peint, simulé à merveille. À l'envers, l'artisan de ce monde illusoire est soudain démasqué, car son oeuvre, si ingénieuse soit-elle, révèle, par transparence, la misère des matériaux qui lui ont servi à édifier ses innombrables « trompe-l'œil ». (Souvent je l'ai vu qui gémissait. le pinceau à la main, mêlant ses larmes à des couleurs joyeuses.) Pourtant, bien que je sois dans la confidence, je ne saurais dire où est le Vrai, car ("envers et l'endroit sont tous deux les enfants du réel, énigme qui me cerne de toutes parts pour m enchanter et pour me perdre.

C'est sur ces échafaudages, tremblants et vides, mais très hauts, comme la voilure des trois-mâts. c'est là que se déroule, nuit et jour, l'inépuisable spectacle, sous les rafales tournantes des phares dont la source inconnue met au monde les fables qui, depuis l'enfance, m'ont nourri sans me consoler.

Ici. rien ne s'accroît ni ne diminue. L'horloge du beffroi reste au point mort, midi ou minuit, je ne sais. Les arbres ont adopté, chacun, une saison et n'en changent plus : côte à côte les uns sont couveris de fruits, les autres de neige. Le printemps coexiste avec un automne aviné et la femme aux seins lourds, aux yeux clairs et rieurs, jouant les rôles de servante, ne vieillira jamais.

Ici, plus de ménage, ni de marché ni d'hôpital, adieu béquilles et pansements, paniers à provisions, temple de l'esclavage, ni les congrès, ni la messe, ni canons, ni chars, ni tombeaux, ni l'heure de la soupe, ni l'heure de mourir, ni l'école, ni l'église, ni le bordel, ni les petits malins, ni les grands magasins. Allez au diable, peste de l'habitude, horribles riens de tous nos jours !

Ici, dans l'étendue redoutable et frémissante des coulisses — vraies et fausses comme l'Histoire —, les habitants qui vont et viennent sans se connaître, occupés à des jeux ridicules, à des crimes incompréhensibles et sacrés, portent les vêtements de tous les pays, de tous les âges — et je suis leur contemporain.

[...]

Pardonnez-moi ! J'ai eu parfois l'audace impie (sans prévenir l'économe ni les machinistes) d'introduire en fraude, dans le magasin général, quelques menus accessoires (par exemple un trou de serrure, un guichet d'ancienne gare, des pupitres où nul ne chante) et de vous passer, comme une maladie, quelques-uns de mes songes animés : la confusion des mots (ce masque d'un profond silence), la détresse de ceux qui n'auront jamais le droit d'être vus de nos yeux, la foule qui se referme sur les amants pour les dévorer dans un souterrain, le pernicieux sommeil qui lâche la bride à nos monstres — et ce pressentiment dont je ne suis pas digne et que nul ne fait qu'entrevoir.

Adieu ! J'ai trop parlé, mais je suis libre... Je fais ce que je veux avec ce que je crois savoir et ma mémoire fouille sans fin dans le monceau des choses que j'ignore. Encore quelques enjambées dans cette course haletante vers le secret qui se dérobe (dont j'entends le rire d'enfant, dont je perçois la lueur dansante) et je parviendrai à retrouver, dans ce théâtre d'ombres, ce que peut-être j'ai su dans un autre temps, sous une autre enveloppe et que je cherche sans relâche et que j'ai oublié."